Départ en voyage

22 décembre 2009 par LaPin

Me voilà de retour d'un long voyage. Pourtant j'ai tout fait pour qu'ils partent sans moi le jour du départ.

J'avais senti le complot qui se tramait. Des paquets qui se préparaient, des valises, tout un remue-ménage inhabituel. Je rentre donc vers dix heures du matin après une nuit torride en plein air (malgré les 2°C ambiants), et là c'est clair : le départ est imminent. Papa sort une valise et la met dans le coffre. Je sors discrètement avec lui, comme si je l'accompagnais, et je me carapate à Perpète lès Oies pour me planquer. J'erre, je marque les frontières en pissant à droite à gauche, j'affute un peu, je vois les copines, je fais une petite pause sous le moteur chaud d'une voiture qui vient de se garer, mais j'ai un peu faim. Non je ne rentrerai pas. Je trainasse. Mais bon, j'ai faim hein. Sur le coup de dix neuf heures, je rentre. Et là, tout le monde qui crie "voilà LaPin", et je me retrouve la tête penchée en arrière, la gueule ouverte, un comprimé dégueulasse qu'on me fait ingurgiter de force, et paf, on me met en cage. Aaaaaaaaarghh cette horrible cage microscopique d'où l'on n'entend que des bribes de sons c'est insupportable. Je flippe totalement. On embarque (cinq minute après mon arrivée dis donc, à se demander s'ils n'étaient pas un peu tous à l'affut).

Et me voilà brinqueballé dans cette boite tel un serial killer en route vers un pénitencier de haute sécurité (cela dit c'est mon objectif dans la vie, serial killer). Et ça secoue, en avant, en arrière, ça gueule dans la voiture. J'ai aperçu une grande tour en métal qui clignotait c'était chouette. Maaaaaaow. Pas d'extase, de peur. Maaaaaow. Et la soeur de commencer à m'engueuler parce que je miaule. Je t'engueule, moi, quand tu couines ?

Cela dit je me sens un peu pâteux. Ca doit être le poison enfoui dans mon gosier avant de partir. C'est pas si mal somme toute. Je commence à me foutre de tout. Mes sens puissants sont en semi-sommeil, du coup l'ambiance me semble apaisée (alors qu'ils sont toujours aussi énervés là-dedans).

Au bout d'un long moment à faire des petits bonds ridicules et inconfortables, on a accéléré. C'était chouette il y avait un brouillard à couper au couteau. Le bruit de la voiture a couvert les sons des humains, du coup ils se sont tus, de guerre lasse. Je me suis laissé aller à un petit somme. Quand j'ai ouvert les yeux, il neigeait, on avait l'impression d'être dans une boule à neige, on n'y voyait pas bien loin. Des lumières fugaces, des reflets partout dans les flocons en train de voler autour de nous, et voilà qu'on s'arrête dans un truc avec des voitures et des camions partout. Tout le monde sort sauf papa qui démêle un truc, ouvre la cage et entreprend de me ficeler avec une sorte de harnais. Je me surprends à ne pas tenter un bond hors de la cage, comme chimiquement soumis au bon vouloir des humains (totalement contre-nature !) ; voilà qu'il m'attrape, me met dehors. Mes coussinets léthargiques entrent en contact avec une boue mi-neige mi-crasse glaciale (pas bon pour le poil). Paralysé de peur par cet endroit perdu dans la forêt d'Argonne. Finalement on me relâche dans ma cage (vaut mieux entendre ça que d'être sourd). Pas si mal. Je me vautre à nouveau dans une apathie inhabituelle. Je miaule. Je miaule. Je miaule. Libérez moi.

Après des heures, la voiture s'immobilise. Je reprends quelque peu mes esprits. Branle-bas de combat, on débarque. La soeur prend ma cage qui s'écrase immédiatement dans le montant de la première porte venue et me propulse contre la grille. Ascenseur. Porte. Lumière. Atterrissage de la cage. On m'oublie. Miaaaaaaaaaaaaaaaou.

Un moment plus tard, papa rapplique avec plein de bagages et de sacs bleus avec des poignées bleues et jaunes. Il pose tout, bricole encore cinq minutes, me trimbale ailleurs, pose la boite, et... m'ouvre ! Je prends un air effarouché et sors tranquillos, désinvolte, comme si de rien n'était. Je crois bien qu'on m'a remis en liberté dans un lieu inconnu où tout, mais alors tout est différent. L'air est sec et chaud, le sol est beau (de l'arbre tout lisse partout), y a plein de fenêtres, mais je n'aperçois pas de jardin.