Ma gueule

20 septembre 2009 par LaPin

Sont fous furieux dans cette famille. Avec le temps, je commence à découvrir leur côté obscur. Et le mien aussi...

J'ai découvert un truc ce matin pendant que Papa me jetait du lit vers 5h du mat' alors que je lui léchais le nez : à chaque vol (il m'a attrapé au moins dis fois par la peau du coup et m'a balancé hors du lit en grommelant un truc genre "casse toi LaPin, retourne te coucher"), je voyais un chaton à qui il arrivait exactement la même chose dans une espèce de grande vitre ovale et brillante. Je suis nul en probabilité, mais la probabilité qu'il arrive, à un de mes congénères, un truc identique à ce qui m'arrive - le tout au même moment, dans la même pièce, avec un sosie de Papa tout aussi grognon - me semble très proche de zéro.

Dans l'après-midi, alors que ça m'avait tarabusté toute la journée, je me suis dit "j'ai ptet plus de couilles, mais je suis jeune et courageux quand même". J'ai pris mon courage à deux mains, suis monté en douce dans la chambre, et me suis approché doucement de la vitre ovale. J'ai feulé comme un guépard en me retrouvant truffe à truffe avec le chaton roukmoute que me faisait flipper dans la grande baie vitrée en bas. Et une fois de plus, le v'la qui m'imite, alors je prends un air grave, et lui aussi il prend un air grave. Alors je lève une patte, et lui aussi il lève une patte (avec grâce, il levait sa patte, je commençais à trouver). Je pose ma patte. Il pose sa patte. Je fais un brin de toilette (patte sur l'oreille et léchage de cul rapide). Idem.

Est-ce que j'ai une gueule de LaPin ??????C'est là que je percute : c'est moi, dans la vitre. C'est un miroir, un truc qui reflète ma propre image. Une fine couche métallique polie derrière une plaque de verre transparent (prenez-moi pour un con, Sherlock Holmes, c'est mon idole). L'esprit clarifié par cette découverte, je commence à me mirer.

LaPin, LaPin, est-ce que j'ai une gueule de LaPin ? c'est la première pensée qui est survenue, furtive. Mais tout de suite, j'ai vu mon corps onduler (c'est Marraine qui dit que j'ondule bien). Et sapristi, elle a bien raison ! C'est beau un chat qui bouge. La nature m'a gâté. Doté d'un poil tigré roux soyeux et très facile à lustrer, d'une truffe et d'une peau d'un rose frais et vif, j'ai été subjugué par la beauté de mon regard de cuivre.

Pétard c'est moi le plus beau ! je me suis dit alors. Mais depuis j'ai pris du recul. J'ai médité cette découverte, et compris que j'en avais faite une autre, beaucoup plus frappante que la première : mon orgueil. C'est vrai, d'un côté, je m'en tamponne le coquillard de savoir ce que les autres pensent de moi (d'abord je connais pas grand monde, et en plus, tout le monde m'aime là où je suis). Mais si vous m'aviez vu en train de me reluquer dans la glace, yeux de braise, moustaches tendues, queue ondoyante, corps souple... Je me la suis pétée. Je me suis pavané comme une pute (sauf que je travaille jamais, moi).

Aujourd'hui, vous êtes témoin d'un des premiers pas de LaPin vers la sagesse. Parce qu'il a découvert un de ses côtés obscurs : il est atteint de la pire des vanités, l'orgueil, celle qui consiste à se projeter au-dessus des autres, à se prendre pour une star.

Fort de ce progrès, il - vous aurez noté que je vous la fais troisième personne du singulier à la Alain Delon...- marche vers la lumière. Mais sur le chemin vers la lumière, il se la pète (il peut, merde, il n'en est qu'au début, il n'a même pas cinq mois, il est à peine sevré... et pis cette famille qui passe son temps à lui coller du Nesquik sous le nez le rendra chèvre, foi de LaPin...).